Messages de Paix

monnaie d'argentCombien ça coute ? Quelque soit le produit ou le service, la première information recherchée est son prix. La valeur des choses est un incontournable dès qu’il faut échanger, et le système d’information est le vecteur des échanges.

Naissance de la monnaie et de sa théorie

Au début du commerce il y a le troc, l’échange d’un produit contre un autre. Mais quand le maçon a voulu échanger avec le savetier, il y a eu un problème. Vu le nombre de savates que vaut une maison, le maçon aurait du mal à chausser toutes les savates que lui donnait le savetier. Alors il a été décidé d’utiliser un intermédiaire, un produit facilement reconnaissable, caractérisé par une forte valeur par rapport à son poids, donc facile à transporter et à échanger. C’est ainsi que les métaux précieux, l’or et l’argent, devinrent l’intermédiaire obligé de toutes les transactions.
Hérodote attribue à Crésus roi de Lydie vers 650 l’invention de la monnaie. Le premier il aurait mis un poinçon sur un bloc d’or pour en garantir le poids. Ce sera désormais un rôle des Etats de « battre monnaie ». C’est à dire en imposant leur marque de garantir la valeur de la monnaie. La chouette d’Athéna, le visage d’Alexandre, la croix du Christ, chaque Etat met sa marque sur sa monnaie.
Au livre V de l’Ethique à Nicomaque, Aristote propose ce qui peut être considéré comme la première théorie de la monnaie. Elle peut se résumer en quatre point. :

  • Les besoins des hommes sont tous les mêmes, mais la division du travail impose l’échange. Un médecin n’échange pas avec un médecin mais avec un agriculteur, et de ce fait les produits échangés sont de valeurs inégales. Il faut donc rétablir l’égalité, afin que chacun reçoive selon son besoin. « Quand, …, la transaction n’entraine pour eux ni enrichissement ni appauvrissement, mais qu’ils reçoivent exactement ce qu’ils ont donné, ils disent qu’ils ont ce qui leur revient en propre et qu’il n’y a ni perte, ni gain. »
  • La monnaie est le moyen d’établir cette égalité dans l’échange. « C’est pourquoi toutes les choses faisant objet de transaction doivent être d’une façon quelconque comparables entre elles. C’est à cette fin que la monnaie a été́ introduite, devenant une sorte de moyen terme, car elle mesure toutes choses »
  • Vu le rôle joué par la monnaie, c’est l’Etat qui la garantit. « …la monnaie est devenue une sorte de substitut du besoin et cela par convention, et c’est d’ailleurs pour cette raison que la monnaie reçoit le nom de monnaie (en grec nomisma), parce qu’elle existe non pas par nature, mais en vertu de la loi (en grec nomos), et qu’il est en notre pouvoir de la changer et de la rendre inutilisable. »
  • Cette possibilité d’échanger garantit la paix dans la société « C’est cette réciprocité́-là qui fait subsister la cité : car les hommes cherchent soit à répondre au mal par le mal, faute de quoi ils se considèrent en état d’esclavage, soit à répondre au bien par le bien, sans quoi aucun échange n’a lieu, alors que c’est pourtant l’échange qui fait la cohésion des citoyens. »

Toujours plus

Plus il y a de transaction, plus il faut de monnaie. Pendant des siècles, le stock d’or et d’argent a suffit pour faire tourner le commerce. Mais lorsque la révolution industrielle arrive, il n’y a plus assez de monnaie pour accompagner l’essor des échanges. La monnaie papier existe depuis le moyen-âge et la lettre de change. Mais, au XIX siècle elle se développe. Elle peut être publique (les billets de banque que produisent les banques centrales), ou privée : les reconnaissances de dette sont autant de monnaie, c’est à dire de moyens de paiement créés pour permettre les échanges. C’est une première forme de dématérialisation, car, contrairement à la monnaie en métal précieux, la monnaie papier n’a pas intrinsèquement la valeur qu’elle indique. Mais, longtemps, l’Etat assure que les partis peuvent à tout moment échanger le papier contre de la monnaie d’or ou d’argent. C’est une fiction, car il circule plus de papier que d’or.

Encore plus

Avec la première guerre mondiale, la fiction de la convertibilité en or disparaît. Les principaux Etats belligérants financent la guerre avec des emprunts et font « tourner la planche à billet ». France et Grande Bretagne ont trop de dette et abandonnent la convertibilité de leur monnaie. Tout leur stock d’or a servi à payer leur dette aux Etats-Unis. Progressivement, le dollar devient la monnaie de référence et la seul encore convertible en or. La croissance économique continue, le volume de monnaie produit ne cesse d’augmenter. A la fin des années 60 les Etats-Unis se trouvent dans la même situation que la France et la Grande Bretagne durant la première guerre. Ils ont creusé le déficit commercial et ont du massivement emprunter pour financer la guerre du Viet Nam. Le 15 août 1971, Le président Nixon arrête la convertibilité de la monnaie.
Parmi leurs nombreuses activités, les banquiers sont devenus des gestionnaires de papier, ils passent un temps considérable à les produire, les classer, les trier, les stocker. Dans les pays développés, tous les ménages et les entreprises ont au moins un compte bancaire. Celui-ci sert même pour les paiements courants.
En 1971, en même temps que les premiers micro-processeurs et que l’arrêt de la convertibilité, apparaît le NASDAQ (National Association of Securities Dealers Automated Quotations), première bourse de valeur électronique. Les échanges ne se font plus avec du papier mais des bits sur des serveurs informatiques. Non seulement, les marchés financiers échangent de la valeur sous forme numérique, mais les cartes bancaires, les ordres de virement remplacent billets et chèques dans les échanges courants.
Ainsi, lorsque le développement économique augmente le volume des échanges, le volume d’information à traiter s’accroit. A chaque fois le système d’information a du s’adapter, d’abord sous forme de métaux précieux, ensuite de papier, enfin aujourd’hui sous forme numérique.
L’industrie financière dépend du bon fonctionnement de son système d’information. Aujourd’hui un bien ou un titre peut s’échanger plusieurs fois dans un délai inférieur à la seconde. Quelque soit l’intérêt d’une telle accélération des échanges, toute la finance repose sur la qualité du système d’information.
« Chaque seconde, la somme échangée sur les marchés mondiaux représente 4,6 millions de dollars, soit l’équivalent de 4,1 millions d’euros, selon les calculs de Bloomberg. Dans le même temps, quelque 1,4 million d’ordres sont envoyés sur les plateformes de négociations d’actions américaines….. Par exemple, le 6 mai 2010, en pleine crise de l’euro, une vente trop rapide avait provoqué une chute de 9 % de l’indice phare Dow Jones en quelques minutes seulement. La situation était redevenue normale une demi-heure plus tard. »

Messager de paix

Nous sommes sept milliards et demi sur Terre. Les prévisions tablent sur dix milliards et demi à l’horizon 2050. Le volume d’échanges va donc croitre. Dans le même temps, les ressources de la planète ne vont pas changer et l’exigence d’égalité va augmenter. Comme le disait Aristote, en permettant l’échange juste, la monnaie et son système d’information garantissent la paix.

Bibliographie

Delphine Roucaut : Une seconde de plus ce soir, qu’est-ce que ça change ? (Le Monde.fr-30.06.2015).
Aristote : Ethique à Nicomaque traduction (1959) par J. Tricot (Les échos du Maquis-2014).
Clarisse Herrenschmidt : Les trois écritures : l.angue, nombre, code (Gallimard-2010)

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