Je hais Gutenberg

MANUSCRITdédicacé à Antoine G.

La fin de l’imprimé est annoncée. Bientôt, nous ne lirons plus que sur des tablettes, nous n’échangerons plus que par mail, SMS ou réseaux sociaux. Pourtant, nous sommes tous équipés, en plus d’un ordinateur, d’une imprimante qui avale cartouches d’encre et papier.
La révolution du numérique n’a pas supprimé l’imprimé, elle l’a démocratisé. Il se publie ou il se publiera moins de livre, nous échangeons moins de courrier, mais nous imprimons de plus en plus. Nous éditons les messages et les images que nous recevons et que nous émettons…
Mais le passage entre un système d’information numérique et un système imprimé (et vice versa) ne va pas de soi, chacun ayant sa spécificité.

Du numérique à l’imprimé

Le numérique s’inspire de l’imprimé, l’écran ressemble à une page, le répertoire de l’ordinateur ressemble à une table des matières… Donc passer d’un type d’écrit à l’autre devrait être facile. En pratique, en sortant des modèles standard d’impression, les difficultés arrivent. La suite Office propose une solution permettant de faire un mailing à partir d’une lettre-type et d’une liste de contact. Essayez de l’utiliser demande courage et patience dès la recherche de la notice d’emploi.
Maintenant tentez de concevoir et développer un formulaire type d’impression d’un courrier commercial (facture, commande, lettre de relance, devis).
D’abord il y a la question du calage des formats. S’assurer que l’adresse du correspondant s’affichera dans une enveloppe à fenêtre peut demander des heures de test et d’aller et retour entre concepteur et développeur.
Ensuite il y a l’identification du correspondant. Celui-ci s’est déclaré sous l’intitulé Entreprise Générale de Plomberie Durant et Fils, et vous avez scrupuleusement recopié cet intitulé. Mais cela ne rentre pas dans la fenêtre de l’enveloppe (ne parlons pas des Trésoreries Générales de l’Etat qui demandent que les chèques soient adressés au Trésor Public) !
Puis il y a toutes les mentions légales et obligatoires. Pour l’envoyeur, celles-ci doivent comporter, le nom, le SIRET (Système d’Identification du Répertoire des Etablissements), le numéro d’immatriculation du Registre du Commerce et des Sociétés (RCS, dit aussi Kbis), l’adresse. A l’écran vous n’en avez pas besoin. Mais pour envoyer un courrier commercial, il faut ajouter toutes ces informations en petits caractères en bas de la lettre. Comme il s’agit de constantes (toujours la même information quel que soit le courrier), la tendance des développeurs est de mettre l’information directement dans le programme de la lettre standard. Si l’entreprise est vendue ou déménage, il faudra changer le programme avec de nouveaux problèmes de format et de cadrage. Le développeur avisé met l’information dans une table auquel le formulaire de la lettre type renvoie. Cela évite de retoucher le programme en cas de modification mais pose la question de savoir qui est le responsable de cette table.
Enfin il y a la question de l’image de marque. Les courriers des sociétés sont généralement ornés de logos aux couleurs chatoyantes qui sont la première image que l’entreprise donne à ses clients, ses fournisseurs et tous ses correspondants. La Direction de la Communication (Dircom) a la haute main sur cette image, elle y tient beaucoup et elle a l’oreille de la Direction Générale. Par ailleurs, elle a une vue assez lointaine des contraintes du système d’information, et résiste à la demande de logo noir et blanc avec le format global ne varie jamais.
Or l’impression devra se faire sur des imprimantes réparties sur les différents sites de l’entreprise. Suivant l’historique d’approvisionnement du matériel, ces imprimantes ont des caractéristiques différentes : couleurs, formats des pages, marges autorisées… De plus, l’entretien peut influer sur la qualité de l’image. Le magnifique logo auquel tient la Dircom connaitra divers avatars : couleurs délavées, zébrées, brouillées, en nuances de gris.
Différentes voies sont ouvertes pour avoir une image de marque uniforme,
La solution lâche consiste à passer le travail à d’autres. Les utilisateurs prennent du papier à en-tête pré imprimé. L’imprimeur se charge des problèmes de coloris et les utilisateurs se débrouillent pour avoir suffisamment de papier. La deuxième option consiste à intégrer le logo dans le formulaire défini par le programme et d’espérer que la bureautique suivra (prévoir un cierge à Saint Luc, patron des peintres).  Troisièmement, vous pouvez prévoir que ces documents s’impriment sur des imprimantes dédiées, aux caractéristiques garantissant la conformité de l’image et auxquels les utilisateurs apporteront des soins attentifs. Il n’y a pas de solution optimale et chaque entreprise fait son choix en fonction de ses contraintes.

De l’imprimé à l’image

C’est le chemin inverse. Vous voulez entrer des informations dans le système à partir d’une feuille imprimée sans passer par un opérateur de saisie (Czi Manuel vous remercie). Cela revient à scanner la feuille pour en faire une image numérique puis à demander au système de reconnaître les caractères d’écriture sur cette image. En théorie c’est impossible. Dans le monde occidental, depuis les grecs et l’alphabet, l’image est une représentation aussi fidèle que possible du réel, l’écriture est la représentation du langage parlé (voir la chronique « Les vieux **** ont de l’avenir »). Passer directement de l’image au texte écrit constitue donc un raccourci audacieux. Il manque une étape, celle du locuteur qui décrit le réel. Les Catchas sont basés sur cette impossibilité. Ces tests de Turing permettent se vérifier si un message est émis par une machine ou un humain. Ils sont basés sur des caractères déformés en dessin. Seul l’œil humain est censé être capable de déterminer le caractère exact.
Pourtant, les concepteurs-développeurs de système de reconnaissance de caractères (OCR : Optical Character Recognition) ont fait des progrès extraordinaires. A partir des dessins qu’ils lisent sur l’image, ils reconnaissent les caractères d’écriture et les chiffres. Pour les documents commerciaux, ils sont même capables de différencier dates, montants, quantités… en fonction de règles de gestion introduites dans l’algorithme. Celui-ci est extrêmement sophistiqué, utilisant des mathématiques poussées (réseaux de neurones, chaines de markov). Moins médiatique, ce domaine fait appel à des modélisations aussi complexes que les bigs datas. Des chaines industrielles sont désormais basées sur ces techniques (tri du courrier, reconnaissance des images prises par les radars routiers des immatriculations automobiles).
Pourtant, ces systèmes nécessitent toujours l’appoint d’opérateurs humains. Suivant la qualité du papier et d’impression, la police de caractère utilisée, et d’autres caractéristiques, ils peuvent confondre un O, un 3 et un 8, un 1 et un t… Certaines entreprises utilisent pour leurs courriers commerciaux des papiers magnifiques avec en fond des images de nuages, de volutes, de paysages, très artistiques mais sur lesquels la reconnaissance de caractère a du mal à s’appliquer.
Bref, que ce soit dans un sens ou l’autre il reste du travail pour les concepteurs-réalisateurs.

Bibliographie

Michel Melot : une brève histoire de l’écriture (JC Behar-2015)
Article Wikipedia : Reconnaissance optique de caractères (état 15 mars 2016

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