Un pacte faustien

Megapole 2Pour circuler dans Paris aujourd’hui vous pouvez choisir, le train, le métro, le tramway, le bus, le taxi, le VTC, le Velib, l’Autolib, le vélo, la marche, la patinette, et sans doute bientôt la voiture sans chauffeur.
Dans une ville, où les transports sont de plus en plus longs et difficiles, le passant, le touriste, ou simplement l’utilisateur doit trouver en utilisant au mieux les différentes options proposés, la meilleure solution de transport, la plus rapide, la moins chère, la plus écologique. C’est simplement aujourd’hui hors de portée de l’intelligence humaine. Sans l’aide d’un algorithme numérique il est impossible de choisir la meilleure solution. De nombreuses entreprises vous proposent des applications permettant d’effectuer cette recherche (Google, Waze, Moovit…). Google Maps vous propose même, pour aller d’un point à un autre de choisir entre la voiture, les transports en commun, la marche et le vélo.

La ville pilotée par le numérique

Ces transports eux-mêmes sont pilotés par le numérique. Qu’il s’agisse de la circulation routière, de celle des transports ferrés du train au tramway, c’est le numérique qui commande.tour1
On pourrait faire la même analyse dans les autres secteurs économiques. Que ce soit dans le commerce, l’industrie, l’énergie, le numérique prend une part croissante dans la régulation, l’ordinateur et internet remplaçant la fiche cartonnée et le téléphone. Et cela devrait continuer, la tendance étant qu’une part croissante de la population mondiale s’entasse dans ces mégapoles dont Paris n’est qu’un exemple.
Il y avait moins d’un milliard d’humains en 1800 avant la révolution industrielle ; nous étions 3,5 milliards vers 1960, au début de l’ère numérique ; nous sommes aujourd’hui 7,5 milliards ; vers 2050, nous serons autour de 10 milliards. L’essentiel de cette population sera dans ces mégapoles qui ont besoin du numérique.
Mais si les mégapoles ont besoin du numérique, le numérique se développe dans les mégapoles.

Des nomades dans la ville

L’essentiel de la population des concepteurs-développeurs du numérique vit megapole 1dans ces mégapoles. La Silicon Valley avec ses 10000 entreprises et ses centaines de milliers de d’employés est emblématique. Mais juste derrière elle, d’autres mégapoles du numérique se développent : New York et Boston, Londres, Paris, Bombay, Shanghai, Hong Kong. Autant de centres où des concepteurs-développeurs produisent du code, testent des résultats, accumulent des données, organisent l’accompagnement.
Pourquoi cette concentration massive de la population des concepteurs-développeurs ?
Première raison l’accès à la fibre et au haut débit. S’il est casse-pied de lire ou de regarder un film avec un réseau fonctionnant au pas de l’artilleur, travailler, coder sur un réseau poussif est carrément impossible. Il est indispensable de disposer d’un réseau efficace, permettant d’accéder en temps réel aux fermes de serveurs, dans lesquels sont rassemblés les outils pour développer, sauvegarder de nouveaux systèmes.
Ensuite, il y a les avantages habituels de la ville, la facilité d’approvisionnement, l’accès aux spectacles, aux formes diverses de loisirs sportifs ou culturels, la proximité des Universités (le campus de l’université de Stanford a joué un rôle déterminant dans le décollage de la Silicon Valley).
Mais, surtout la mégapole facilite le nomadisme du concepteur-développeur. Celui-ci par définition va d’un projet à l’autre. Qu’il soit dans une entreprise, autoentrepreneur, travaillant pour un maître d’ouvrage ou un maître d’œuvre, le concepteur-développeur va nécessairement d’un projet à l’autre, d’un contrat à un autre. La mégapole favorise ce nomadisme. Elle lui permet de le faire sans changer de domicile, de toujours trouver un travail, de pouvoir fonder une famille, permettre les études des enfants, le travail du conjoint, chacun fonctionnant à son rythme. Elle lui permet aussi régulièrement de se former, d’étudier pour remettre à niveau ses compétences, éventuellement d’en changer le modèle. C’est la mégapole qui permet de concilier le nomadisme inhérent au métier avec un développement personnel. Elle assure également contre des périodes de chômage.
Enfin tout simplement, la mégapole assure la proximité physique. Certes, le numérique a permis le travail à distance, les vidéoconférences, l’échange informatisé de données.Mais lorsqu’il faut décider, la rencontre face à face reste irremplaçable, et comment mieux souder une équipe projet qu’autour d’un verre de bière ou de jus d’orange.
Ainsi la mégapole est la condition de l’économie collaborative, caractéristique du développement du numérique.
Cette concentration inquiète. Certains annoncent des mégapoles asphyxiantes, à l’image de celles des films Blade Runner ou Cinquième élément. Mais seront-elles si différentes de Paris, une des villes les plus denses au monde (21000 habitants au Km2), où il est si agréable de se promener sur les quais et d’aller au spectacle le soir.Paris

Bibliographie

Le début de cette chronique est inspiré de l’émission du 20 octobre 2010 de la Conversation scientifique, émission de France Culture consacrée au sujet « Les réseaux, qu’ils soient sociaux ou non, sont-ils intelligibles ? » Etienne Klein dialoguait avec le physicien Marc Barthélémy.
Philippe Askenazy : Tous rentiers ! Pour une autre répartition des richesses (Odile Jacob ; 2016)
Walter Isaacson : Les innovateurs (JCLattès ; 2015)

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