L’homme le plus riche du monde

santons 291Quick and dirty

Au début des années 1970, l’industrie de l’information est appelée Big Blue and the seven dawrfs (Grosse Bleu et les sept nains). Cette formule disait la domination d’IBM (Big Blue,) sur un oligopole de grandes entreprises. IBM avait assit sa suprématie grâce à de grands systèmes comme SABRE (réservation d’avion). C’était une société de service qui louait (cher) des ordinateurs à des clients aussi grands que lui (Etats, banques, grands industriels), et en assurait la maintenance (encore plus cher).
Il regarda avec condescendance l’arrivée d’Altaïr, Atari ou Apple, ces geeks qui proposaient des machines et des jeux au grand public.
L’informatique grand public est un autre modèle économique. Elle nécessite des frais commerciaux plutôt que l’innovation. Il faut fabriquer des produits simples, ne nécessitant pas d’apprentissage complexe, mais vendu grâce à des campagnes publicitaires gigantesques. Ce n’était pas définitivement pas la tasse de thé d’IBM. Son domaine, c’étaient des systèmes complexes, fortement intégrés, répondant aux besoins de contrôle des directions des grands groupes.
Et au début, les possibilités des micro-ordinateurs justifiaient son mépris. Ces appareils ne permettaient que de faire de la programmation ou de jouer à des jeux simples.
L’arrivée de Visicalc changea la donne. Visicalc fut le premier tableur et plus généralement la première application bureautique. Une nuée de contrôleurs de gestion trouva ainsi le moyen de vérifier et d’actualiser son budget de façon simple. Des hommes proches des Top Managers découvrirent qu’il existait une autre informatique que celle de Grosse Bleu, plus simple, plus réactive, plus adaptée à une monde où il faut répondre rapidement à la concurrence. IBM pris un coup de vieux.
Il lui fallait réagir vite. La firme lança la conception du premier Personal Computer.
Elle n’avait pas le temps de développer l’ensemble des composants. Elle décida d’acheter sur étagère à des intervenants extérieurs les pièces essentielles de la machine. C’est ainsi qu’il sous-traita à Intel la fabrication du microprocesseur et à Microsoft le logiciel d’exploitation.

Le roi du soft

Le monde des fondus d’informatique était encore le domaine du fer à souder autant que celui de la programmation. L’aventure de Jobs et Wozniak, les créateurs d’Apple est emblématique. Ils ne concevaient pas de livrer un programme sans la machine qui allait avec. Le logiciel n’était qu’un accessoire indissociable de l’ordinateur.
Manifestement Bill Gates n’avait aucun goût pour les travaux manuels. Le nom de la société qu’il crée, Microsoft (logiciel pour microordinateur ?) montre assez son ambition.
Son objectif n’était pas de créer de nouvelles machines (les bricoleurs pullulaient sur le marché), mais de leur fournir les programmes qu’ils n’avaient pas le temps ou les compétences de faire.
C’est ainsi qu’il débuta en fournissant à Altaïr, un des premiers créateurs de micro-ordinateur, un système d’exploitation qui optimisait le fonctionnement de l’appareil. Jeune homme pressé, Bill s’appuya sur les travaux préexistants d’un autre concepteur de logiciel qui avait créé un outil appelé Quick and Dirty Opérational System (QDOS- système d’exploitation vite fait mal fait).

Smart Bill

La notoriété d’IBM et un produit correct sorti dans les délais firent le succès de l’opération. IBM pris pour un temps la tète du marché de la micro-informatique.
Mais, Bill Gates mena une politique commerciale astucieuse.
D’abord, ce fils d’avocat savait l’importance de la propriété intellectuelle. Il avait cédé à IBM le droit d’usage de Q/DOS mais gardait le droit de licence. Bill Gates put donc vendre à d’autres fabricants d’ordinateurs son système d’exploitation.
La deuxième astuce fut de proposer des contrats long terme aux fabricants d’ordinateur. Microsoft proposa à partir de 1995 des contrats avec de fortes remises aux fabricants de micro-ordinateurs. En contrepartie ceux-ci s’engageaient à utiliser exclusivement ses logiciels. Dès lors les utilisateurs finaux avaient tout intérêt à utiliser les produits Microsoft, optimisés pour son système d’exploitation Windows. Alors que le marché de la bureautique était encore très concurrentiel au début des années 90 avec des produits comme WordPerfect, Lotus 123, Netscape, la suite Office balaya le monde et équipa 90% des PC.
Autre point fort, son API (Application Programming Interface), destiné aux éditeurs de logiciels. Celui-ci était fortement standardisé. Quelque soit la machine qui ferait tourner son système d’exploitation, les éditeurs de logiciels étaient assurés que leur programme fonctionnerait s’il était compatible avec Windows.
Face au splendide isolement d’Apple, campé sur une synergie machine/programme, toute l’industrie du numérique avait intérêt au succès de Microsoft. Les fabricants d’ordinateur avaient un logiciel d’exploitation à bas coût, les éditeurs de logiciel avaient un vaste marché ouvert à leurs produits, les utilisateurs de bureautique avaient des produits à cout limité grâce à l’allongement des séries. Au centre de la toile collaborative ainsi tissée, Microsoft vit sa trésorerie grossir, grossir…

L’homme le plus riche du monde

C’est ainsi que Bill Gates devint l’homme le plus riche du monde.
Depuis, Microsoft a pris moins vite que d’autres le virage des objets connectés et des Big Datas et sa position est moins dominante qu’elle n’a été.
Mais la fortune de Bill Gates est restée la première du monde. Il en semble lui même honteux. Il a décidé de n’en laisser qu’une petite partie à ses héritiers et cédera l’essentiel à une fondation destinée à redistribuer cette fortune.
Sans doute, plus que d’autres est-il conscient de l’ambiguïté sur laquelle est construite cette fortune.
Grace à une bonne gestion des droits de propriété intellectuelle, une part massive de la marge (le surtravail diraient les marxistes) générée par l’industrie du numérique entre dans sa poche. En même temps, c’est la collaboration de ses employés, des éditeurs et des autres industriels qui permet cette croissance massive du chiffre d’affaires. La collaboration de tous est la condition nécessaire à la génération de la valeur, la protection par le droit permet son accaparement par un petit nombre. Il y a sans doute des moyens plus simples que la création de fondations caritatives pour assurer une rémunération plus équitable de tous.

Bibliographie

– Alain Lefebvre et Laurent Poulain : Cow-boys contre chemin de fer ou que savez vous vraiment de l’histoire de l’informatique (Amazon-2012-2013)
– Walter Isaacson : Les innovateurs (Jean-Claude Lattès-2015)

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