Hippocrate

stethoscopeUne organisation est généralement destinée à rassembler des compétences variées autour d’un objectif commun. il peut arriver que certaines organisations oublient leur objectif.
La démonstration du film Hippocrate est à cet égard exemplaire.

Le pitch

La fiction médicale est un genre répandu à la télévision. De House à Urgence en passant par Grey Anatomy, ce genre a eu de nombreuses déclinaisons. Le film Hippocrate appartient à ce genre et a eu un succès d’estime lors de sa sortie en 2014 (il se trouve facilement en DVD). Pas d’histoire d’amour, pas d’actions spectaculaires, des acteurs peu connus, un réalisateur dont c’est seulement le deuxième film.
Mais le scénario est une mécanique de précision et dépasse le cadre de la fiction médicale. Il présente une institution, ici l’hôpital, qui a oublié sa raison d’être, et ne fonctionne plus qu’au profit des membres de l’institution, et plus de ses objectifs.
Résumons le « pitch » de Hippocrate.
Deux internes rejoignent le service de Médecine Générale d’un hôpital de banlieue parisienne. Benjamin est un jeune tout juste sorti de l’école et le fils du chef de service. Abdel est un immigré ayant déjà quelques années de pratique.
Ils vont chacun être confronté à un cas aigue se terminant par la mort du patient. Les critères principaux de l’assurance qualité permettent de juger leur démarche :

  • Ont-ils compris les besoins du client (ici le patient) ?
  • Tous les moyens matériels et humains sont-ils mis en œuvre pour répondre aux besoins du client ?
  • La réponse aux besoins du client est-elle correctement tracée ?

Voyons d’abord Benjamin :

  • Le client lui explique qu’il a mal, mais il choisit de ne pas l’écouter car le client arrive avec un dossier présentant une cirrhose du foie ; il est plus simple et moins dérangeant de penser que c’est cette cirrhose qui cause la douleur ;
  • Pour vérifier, il faudrait faire un électrocardiogramme (ECG) ; celui du service est en panne, et Benjamin n’a pas le courage de demander à l’infirmier d’aller en chercher un dans un autre service ;
  • Le patient meurt ; l’hôpital évite de montrer son dossier à la famille pour ne pas montrer l’erreur commise.

Passons à Abdel :

  • Le dossier de la patiente suivante lui est transmis par Benjamin ; Abdel l’examine et constate qu’elle a un cancer en phase terminale, non soignable ; il demande sa volonté à la patiente ; elle répond qu’elle souhaite surtout ne pas souffrir ;
  • Abdel met en place un protocole adapté à ce souhait, en prescrivant une injection de morphine ; comme Benjamin il se heurte au manque de matériel dans le service, mais il impose au personnel d’aller en chercher dans un autre service ; il s’oppose même à l’adjointe du chef de service qui s’inquiète du coût du maintien en vie d’une personne ; Enfin il met dans le dossier une note demandant qu’on ne réanime pas la patiente en cas d’attaque pour lui permettre de mourir dignement ;
  • Dans la nuit la patiente a une attaque ; elle est transférée au service de Réanimation, ramenée à la vie et renvoyée au service de Médicine Générale ; Abdel à son retour ne peut que constater les dégâts ; il demande l’avis de la famille présente ; avec son accord et conformément avec les vœux exprimés par la patiente il débranche le traitement entrainant le décès de celle-ci en douceur.

La comparaison des deux traitements du point de vu des critères de base de l’assurance qualité ne laisse pas de doute sur qui a correctement travaillé et qui s’est trompé. Pourtant l’institution hospitalière va réagir pour défendre Benjamin et éjecter Abdel. La volonté de l’institution de se défendre explique cette option surprenante.
Mettre en cause Benjamin c’est s’attaquer au fils du chef de service, mais en même temps c’est risquer de mettre à jour les failles de l’hôpital, économies sur le matériel, refus des infirmiers de répondre aux demandes de l’interne. C’est pourquoi, le chef de service lui-même ment à la famille en affirmant que l’ECG a été effectué.
Au contraire Abdel, n’a pas d’amis dans le service à part Benjamin, est rejeté par l’institution. Plus vieux, marié et chargé de famille, il ne s’est pas fait d’amis auprès de ses condisciples, qui ont peu de liens avec lui. Il a également irrité ses supérieurs en refuser de se plier au moment à la discipline budgétaire. Il se retrouve seul lors qu’il faut choisir entre respecter la volonté du malade ou celle de ses collègues. Il va transgresser la règle de collégialité pour ce type de décision, mais ses confrères lui ont-ils laissé le choix ?
Lors de la forme de procès qui lui est fait, on lui reproche de ne pas avoir respecté le budget, mais surtout, d’avoir remis en cause le traitement proposé par le service de Réanimation. Or la Réa, c’est le service noble, où se trouvent les meilleurs éléments. Mettre en cause ses décisions, c’est contester la hiérarchie de l’hôpital, refuser d’être solidaire du corps médical dans son ensemble et refuser de reconnaître la hiérarchie.

Morale de l’histoire

Laissons à ceux qui n’ont pas vu le film le plaisir de découvrir la dernière péripétie.
Le film a été vu comme une critique de l’hôpital, d’autant plus rude qu’elle vient de l’intérieur (le réalisateur est lui même médecin). Mais si le milieu médical apporte une touche de dramatisation, avec la proximité de la mort, la portée du film va au delà. Toute organisation peut oublier ses objectifs. Les spécialistes du management ne cessent de créer de nouveaux outils pour améliorer le pilotage des organisations, taylorisme, gestion de projet, contrôle de gestion, assurances qualité. Mais toute institution (école, entreprise, église, Etat) court le risque d’oublier sa raison d’être et de cesser d’y répondre. Elle finit alors par ne survivre pour que les besoins de ceux qui lui appartiennent.

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