Santons et village global

santons remouleurC’est encore le temps de Noël où les santons de Provence sont sortis. Ils font parti de mon univers depuis l’enfance. Ils incarnent des idées importantes pour moi, et qui ont un écho avec le monde d’aujourd’hui.

Les santons : la nostalgie du village

Ces idées sur le village de la crèche provençale sont au nombre de trois :

  • Il est le lieu du don ; chaque santon porte un cadeau au petit Jésus ; ce cadeau (le sac du meunier, le lapin du chasseur, le panier de la marchande) l’inscrit dans un processus d’échanges avec les autres ; même le Ravi avec ses bras levés apporte sa bonne humeur, et donne son air de gaité à cette communauté industrieuse ;
  • à l’image des bourgs d’antan, ce village doit être capable de répondre à tous ses besoins ; tous les métiers existent, du berger au boulanger ; tout le monde se connaît, et attend que chacun fasse son travail ;
  • pas de machines, pas d’automobile ; il n’existe que la force des hommes et celles des animaux ; depuis le rémouleur qui aiguise les couteaux, jusqu’au chiffonnier, chacun s’efforce d’éviter tout gaspillage.

En même temps, l’industrie des santons nait avec l’ère industrielle au début du XIX siècle. Deux aspects sont importants :

  • La fabrication en série ; les santons sont fait à partir d’un moule qui permet de les reproduire en grande quantité ; inventés par un dénommé Lagnel, les santons font parti des premier objets produits de manière industrielle ; le Ravi encore lui, avec ses bras dans le même plan que son corps et sa tête, porte la trace de son mode de fabrication ;
  • L’usage en famille ; jusque là la crèche se construit dans l’église du village ; seules quelques famille riches peuvent en avoir une chez eux au XVIIIs ; avec la fabrication en série arrive la démocratisation ; la crèche dans la maison marque la désagrégation de la communauté ; la religion devient affaire privée.

La première foire aux santons a lieu à Marseille en 1803, et déjà ils sont le signe d’une nostalgie. L’exode rural vide le village, le chemin de fer va apporter de nouveaux produits, qui concurrencent les produits locaux. Les vieux métiers, comme le faïencier, le vannier, le bourrelier disparaissent. Même le meunier et son moulin à vent s’effacent remplacés par la minoterie et sa machine à vapeur.
Les habitants s’installent en ville, la famille se réduit à sa plus simple expression ; les gens emportent les santons, en même temps qu’ils quittent le village. Les santons, en même temps qu’ils représentent la communauté ancienne, sont le fait d’un repli individualiste, et le début de la production industrielle.

Le temps de l’abondance

L’ère industrielle qui arrive est l’ère de l’abondance. La machine à vapeur, puis le moteur à combustion interne et l’électricité permettent de disposer d’une énergie apparemment inépuisable. Tout ce dont l’humanité a besoin est produit en grande quantité, nourriture, vêtements, biens de toutes nature.
Cela permet une croissance démographique jamais connue. 1 milliards d’individus sur terre en 1800, 1,6 en 1900, environ 2,5 milliard en 1950 lorsque l’ordinateur apparaît, 5,5 avec l’arrivée d’internet, 7,5 milliard aujourd’hui.
Cette époque de l’abondance est aussi celle du gaspillage. Les meilleurs moteurs thermiques on un rendement d’à peine 30 à 50%, le reste de l’énergie étant perdu. Les sociétés occidentales consomment plus de viande, or il faut 7 fois plus de calories pour produire de la nourriture animale que de la nourriture végétale. « Dans le monde, le tiers des aliments destinés à la consommation humaine est gaspillé. En France, on estime que  près de 10 millions de tonnes de nourriture consommable sont jetées chaque année. » (site de l’Ademe). Ce gaspillage touche tous les secteurs, et pas seulement la nourriture.

Le retour au village

Nous sommes donc 7,5 milliards d’humains dont 10% vivent encore en dessous du seuil d’extrême pauvreté (moins de 1,9 $ par jour selon la Banque Mondiale). Les estimations varient entre 9 et 10 milliards à l’horizon 2050 (l’essentiel de l’accroissement venant de l’allongement de la vie). La nouveauté est que l’on commence à s’interroger sur la soutenabilité de cette croissance. Les experts s’accordent pour penser qu’il n’y a rien d’impossible à faire vivre toute cette population avec un mode de vie décent sur cette terre. Mais si le mode de vie qui s’impose partout est celui de l’occident et du gaspillage, il devient plus improbable.
C’est là qu’intervient le système d’information numérique. Faire mieux avec moins. Le moment est celui de la régulation. Elle apparaît dès que l’ordinateur permet de contrôler les processus industriels. Juste-à-temps, gestion des stocks, il faut réduire le délai de fabrication et les matières consommées. La dématérialisation des échanges se justifie par le nombre de forets sauvegardés.
Et aujourd’hui cela envahit la vie quotidienne. Les compteurs intelligents permettent réguler la consommation d’énergie, de produire au plus près des besoins. Priceminister, Airbnb, Blablacar permettent de réutiliser les biens devenus inutiles ou d’optimiser l’emploi des logements ou des transports. Internet permet aux AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) et aux SEL (Systèmes d’Échange locaux), de vendre sans intermédiaires inutiles. Nous sommes entrés dans un espace collaboratif où chacun est conscient de sa responsabilité vis à vis des autres. Le soupçon d’obsolescence programmée qui pèse sur Apple devient un scandale mondial.
Nous retrouvons les valeurs du village de la crèche, solidarité et frugalité. Ceci a des bons comme de mauvais aspects. La solidarité c’est l’entraide, mais être solidaire, c’est aussi être soudés les uns aux autres. Les processus de production et d’échanges deviennent cybernétiques, nous dépendons des machines et les machines dépendent de nous. Nous cherchons à moins consommer, ce qui impose du pilotage, des outils de suivi et de surveillance. Et il sera impossible de trier entre bons et mauvais cotés de la solidarité. Comme les habitants du vieux village nous connaissons tout de nos voisins.

Piloter une transition pacifique

Le système d’information numérique bouleverse incontestablement nos vies. Pour beaucoup c’est une contrainte moderne, dont il faudrait se débarrasser.
Certes, le système d’information numérique est né de la guerre, l’ordinateur et internet répondaient d’abord à des besoins militaires. L’accumulation de capital permise par la dérégulation reaganienne a financé son développement en même temps qu’elle faisait croitre les inégalités.   Mais l’augmentation du nombre des humains dans un monde fini imposera la régulation que permet le numérique. Les seules alternatives sont la guerre ou la pandémie. Dans une chronique précédente, j’ai dis que le premier système d’information est peut-être né pour répondre à un changement climatique. Sans doute le sens du numérique est de nous permettre de faire pacifiquement cette nouvelle transition.

Cet article, publié dans developpement, Ecologie, gouverner, système d'information, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s