Le cyberspace : du loup solitaire à la meute

meuteLes moutons et le loup solitaire

L’histoire du système d’information numérique peut se décomposer en trois ères principales.
La première fut celle du Mainframe. Les ordinateurs étaient d’énormes machines, possédées par des Etats ou de grandes firmes (banques, compagnies aériennes). Les utilisateurs étaient connectés via des terminaux passifs, avec un écran et un clavier. Ils envoyaient ou recevaient les instructions d’une machine centrale. Les utilisateurs étaient des moutons obéissant à l’algorithme qui pilotait la machine, lequel avait été programmé par une poignée de concepteurs-développeurs.
La deuxième commence durant les années 70, c’est l’ère du micro-ordinateur. Chaque utilisateur a son ordinateur, ses programmes, ses données. C’est le moment où l’utilisateur ressemble le plus au Saint-Denis de Michel Serres. Il dialogue avec sa machine, qui est comme une deuxième tête, un prolongement de son propre cerveau, avec une deuxième mémoire, une autre capacité de calculer et d’imaginer. Selon son niveau de compétence ce dialogue est plus ou moins riche. Les moins compétents se contente d’entrer et de lire des données, comme les moutons du mainframe. Les meilleurs rédigent eux-mêmes les logiciels et pilotent la machine. Les plus anciens se souviennent d’un temps où l’utilisateur devait connaître un peu de programmation. Dans cette génération, tous les utilisateurs ont fait un peu d’ASCII pour que le micro fonctionne. Chaque utilisateur devenait un loup solitaire, maîtrisant son propre univers.
Ces anciens se rappellent qu’à l’époque, pour échanger des données, il fallait échanger matériellement les mémoires des machines. Disques, floppy, disquettes, cassettes, les moyens étaient multiples, avec des risques de perte, de détérioration. Le système d’information pouvait constituer un ensemble intellectuellement cohérent. Mais il n’était pas matériellement organisé, ce qui était source de perte de productivité et d’incohérences.
C’est pourquoi les techniciens entreprirent de créer des dispositifs permettant de créer un réseau : protocole FTP, Ethernet, etc. Progressivement les ordinateurs dialoguèrent entre eux et avec leurs périphériques (écrans, imprimantes, robots, etc.). C’est ainsi qu’est apparu un cyberespace dans lequel toutes les machines sont connectées. Ce cyberspace, cette toile ou encore internet comme certains l’appellent abusivement, est constitué principalement de trois éléments : l’internet proprement dit, le World Wide Web, le Cloud.

C’est quoi internet ?

Internet stricto désigne trois choses : un protocole technique d’échange des données sur un réseau, un système normalisé d’adressage sur ce réseau, le réseau physique qui utilise ce protocole technique et ce système d’adressage.
Le protocole technique visait à pallier les limites des réseaux analogiques (téléphone, fax) : lorsque sur une ligne communiquaient deux interlocuteurs, aucun autre échange n’était possible ; si cette ligne était coupée, la communication était interrompue. La nouvelle technologie de commutation par paquet utilisait le fait que les messages sont composés d’une série de chiffres 0 ou 1. Chaque message (qu’il s’agisse d’un mail, d’une page web, d’un échange WhatsApp par exemple) est découpé en paquets, auquel sont ajouté un en-tête et une fin. Chaque paquet est envoyé dans le réseau, via des serveurs de routage, et circule en fonction des adresses qui sont définies sur l’en-tête et la fin.
Le système d’adressage assure que les paquets arrivent à destination, et que l’on puisse reconstituer le message d’origine. Ces adresses peuvent être les adresses de machines physiques (les adresses IP – Internet Protocol), ou des adresses virtuelles qui concernent une ou plusieurs machines (nom de domaine, adresses mail). La cohérence de l’ensemble de ces adresses physiques ou virtuelles est assurée par une société de droit californien, l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN). Les paquets ainsi constitués peuvent circuler en train sur n’importe quelle partie du réseau. En cas de coupure, ils peuvent suivre un autre chemin, chaque serveur étant capable d’adresser n’importe quel autre point du réseau.
Ce réseau décentralisé a été développé pour le besoin des universités américaines dans le cadre de financements du Ministère de la Défense des Etats-Unis. Celui-ci cherchait à développer un système de communication capable de résister à une attaque nucléaire. En 1993, à l’initiative du sénateur Al Gore, une loi fédérale américaine ouvrit l’accès au réseau Internet aux sociétés commerciales et par leur intermédiaire au grand public.

World Wide Web (la « toile d’araignée mondiale »)

Internet faisait communiquer les machines entre elles, encore fallait-il qu’elles disposent d’un langage commun. L’initiative est encore venue du monde universitaire. C’est un chercheur rattaché au CERN en Suisse, Tim Berners-Lee, qui inventa le Web, au début des années 90. Les pages internet peuvent être liées entre elles par des liens hypertexte (c’est à dire de courts programmes qui donne l’ordre à l’ordinateur qui les lit d’aller chercher la page citée sur un autre serveur afin de la rapatrier sur l’ordinateur qui appelle). Ces pages utilisent toute le même langage de programmation, HTML, qui présente l’avantage d’être facilement copiable, modifiable et facilite la production rapide de nouvelles pages à partir de celles qui existent. Le World Wide Web de Berners-Lee devint rapidement le principal standard d’échange sur internet.

Cloud computing (« l’informatique en nuage »)

Le terme vaporeux par lequel est désigné ce troisième concept peut prêter à confusion. Il est souvent traité à part car il n’est pas le résultat de travaux universitaires et il est apparu plus tard qu’internet et le World Wide Web, dans les années 2000.
Jusqu’aux années 2000, les ordinateurs, loués ou achetés, étaient dans les locaux de leurs utilisateurs. Cette situation conduisait à une sous-utilisation des machines. Au départ cette situation ne posait pas de problèmes particuliers. Le coût de fonctionnement des ordinateurs paraissait faible si on le comparait à celui d’une machine-outil, d’une voiture ou même d’une simple machine à laver. Peu d’énergie consommée, peu de frais de réparation.
L’expansion du système numérique mondial a changé la donne. Aujourd’hui l’énergie consommée par ce système représenterait environ 10% de l’énergie électrique consommée dans le monde. A ce stade, la question de l’optimisation devient importante et c’est là qu’interviennent les industriels du Cloud. Ils ne louent plus des machines, mais du temps machine, de l’espace machine, sur des ordinateurs dont ils assurent l’entretien, la gestion des sauvegardes, dans d’immenses fermes de serveurs.
Consommateurs et entreprises n’ont plus que des terminaux miniaturisés (smartphones, tablettes, montres connectées). L’essentiel des traitements et des données sont partagés sur ces machines réparties partout dans le monde.

La meute

Les utilisateurs du système d’information numérique ne sont plus des loups solitaires. C’est une meute qui ne cesse d’échanger sur le cyberspace. Tout le monde n’est pas égal sur ce système. Il y a des utilisateurs plus adroits, plus compétents que d’autre. Mais tout le monde peut à un moment ou un autre prendre la main, composer quelques lignes de programme. Il y a une sorte de démocratie directe de ces utilisateurs qui collaborent ensemble. Elle est en partie illusoire, mais en partie seulement. Etre citoyen aujourd’hui, c’est aussi faire parti de cette meute, et pour cela avoir été formé, et ne cesser de dialoguer avec les autres membres de la horde.

Bibliographie

Alain Lefebvre et Laurent Poulain : Cow-boys contre chemin de fer ou que savez vous vraiment de l’histoire de l’informatique (Amazon-2012-2013)
Walter Isaacson : Les innovateurs (Jean-Claude Lattès-2015)

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