Gratuits ?

boite à livreNous vivons au temps du cyberspace. Les techniques d’Internet, du World Wide Web, et du Cloud ont abaissé le coût d’accès et accelerer la vitesse de circulation de l’information.
Mais, pour vraiment abaisser le coût du cyberspace, il fallait qu’il devienne un produit de grande consommation. Cela supposait que le grand public trouve sur la toile des informations utiles ou distrayantes.
Pour les thuriféraires de la propriété intellectuelle, il ne pouvait y avoir d’information pertinente que payante. Mais, pour accéder au Cyberspace, l’utilisateur a déjà acheté un terminal numérique, et payé un abonnement à un Fournisseur d’Accès à Internet (FAI). Les fabricants d’ordinateurs et les FAI ont fait de lourds investissements pour construire ce réseau. Ils entendent bien que les utilisateurs payent le plus cher possible cet accès. Et ensuite la maigre bourse de l’utilisateur est largement ponctionnée.
C’est particulièrement vrai des jeunes, lycéens, étudiants, chômeurs, apprentis. Or, ils constituent une cible privilégiée du système d’information numérique, car ils sont prêts à apprendre, et ne sont pas encore trop pris dans les habitudes d’utilisation du système d’information ancien.
Il y avait donc de fait une alliance objective entre les industriels du Hard (fabricants de matériel, constructeurs de réseau) et des utilisateurs finaux désargentés pour qu’il y ai le plus possible de contenu gratuit sur la Toile.

Le temps des pirates

C’est un étudiant de l’Université de Boston, Shawn Fanning, âgé de 18 ans, qui met en œuvre le premier système d’échange de fichiers gratuit en 1999, Napster. Tout de suite, celui-ci connaît des milliers d’adhérents. Les responsables des Universités découvrent que l’essentiel de la bande passante de leur réseau est utilisée à échanger des fichiers musicaux.
L’industrie musicale, représentée par son syndicat américain, attaque le site tout de suite. Parmi les réactions des artistes citons celle d’Elton John : « Les opportunités ouvertes par Internet sont excitantes, car les artistes peuvent désormais communiquer directement avec leurs fans. Mais il ne faudrait pas oublier le respect du travail et sa rémunération. Je suis contre le piratage sur Internet et il n’est pas correct que Napster et d’autres puissent promouvoir le vol d’œuvre en ligne. » Après 2 ans, Napster fut fermé (la version actuelle est issue du rachat de la marque par une autre société).
Mais, la machine était lancée. Il était difficile d’expliquer à des jeunes désargentés que les sommes demandées pour les produits culturels relevaient seulement de la juste rémunération d’un travail.
Comment expliquer qu’un Paul MacCartney ait en 2017 une fortune égale à 44 000 années de SMIC ? Comment justifier que l’acteur le mieux payé en 2016 a reçu plus de 3800 années de SMIC ?
En France le chanteur le plus populaire du XX siècle a eu des funérailles nationales. Les chaines de radio et télévision étaient focalisées sur l’évènement pendant plusieurs jours. Ensuite, la « plus grande avenue du monde » bloquée pendant une demi-journée pour faire passer le cortège funéraire et une cérémonie à la Madeleine en présence du Président de la République. Cet événement est de fait à la fois un hommage et la plus grande opération de promotion commerciale, qui permettra de vendre ensuite inédits et rééditions. Et dès la dépouille enterrée, les fans abasourdis voient la famille se déchirer pour le partage de la rente générée par ces ventes.
L’industrie culturelle ne fait donc pas pitié, et des milliers de Robins des Bois ont repris le flambeau de Napster.
Celui-ci était un système centralisé, l’arrivée du logiciel BitTorrent fit sauter une limite technique. Ce protocole d’échange est mis au point en 2002 par Bram Cohen. BitTorrent fut le premier peer to peer (pair à pair). Dans ce système, les ordinateurs sont tour à tour clients et serveurs. Un premier ordinateur (serveur) envoie un fichier à plusieurs autres ordinateurs (clients). Si l’accès à ce premier est embouteillé, le nouvel arrivant peut aller chercher le fichier sur les ordinateurs déjà servis qui deviennent à leur tour serveurs. En utilisant la technologie par paquet, BitTorrent, et les autres protocoles d’échanges ont permis que le nouveau client puisse recevoir le fichier d’origine de plusieurs sources et le reconstituer. Ceci a permis de diffuser tous types de fichier, musicaux, textes, films… Le relais fut ensuite pris par le streaming, Youtube et d’autres réseaux sociaux. Des artistes comme Lily Allen ou Arctic Monkeys font leur promotion via les réseaux et sont découverts grâce à la diffusion gratuite sur le réseau de leurs chansons.

Les libertariens

Une deuxième source de contenu gratuit fut l’activité de ce qu’on appellera les libertariens. Anciens hippies, baba cool, geek avaient développés une contre-culture opposée à l’Etat et aux grand capital, alliés objectifs et oppressifs. Ils étaient aussi liés à un milieu universitaire pour qui l’accès massif à la connaissance est la clé de la réussite et de la création. Logiciels libres, Wikipédia, la blockchain et les criptomonnaies comme le bitcoin constituent autant d’actifs immatériels et gratuits qui justifient d’acheter des ordinateurs et payer un abonnement à internet.

La neutralité du net

Elle est la troisième conséquence du besoin de contenu à bas prix. Il a été admis que les fournisseurs de contenu ne payaient pas de droit de passage pour que les utilisateurs puissent accéder à ces produits. Ils pouvaient donc choisir entre Google, Yahoo, ou d’autre pour chercher des informations. Ils pouvaient utiliser eBay, le BonCoin ou Price Minister pour vendre leurs objets d’occasion. La neutralité du net garantissait que tous ces contenus étaient également accessibles.

Open Data

L’Open Data fut la quatrième source de contenu gratuit. Les Etats étaient propriétaires de milliers de données, dont la production avait été payée par nos impôts. Il semblait donc normal qu’accès à ces données soient gratuits. De même il y avait toutes les œuvres dont les droits avaient fini par tomber dans le domaine public. Cartographies, contenus des bibliothèques, archives publiques devinrent la proie de la Toile.
« Déjà en 1789, la déclaration des droits de l’homme et citoyen stipule dans son article 15 que « la société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration » faisant de l’accès à l’information publique un des fondements de la démocratie naissante » (voir Big Data et traçabilité numérique)
De multiples déclarations politiques, lois et réglementations dans tous les pays prolongèrent ces déclarations.
« Le 18 juin 2013, les chefs d’État du G8 ont adopté et signé une Charte du G8 pour l’ouverture des données publiques ; Dans un esprit d’ouverture et de transparence, cette charte pose les principes d’une donnée publique à désormais considérer comme « ouvertes par défaut » (sauf cas particulier liés à la défense et à la sécurité) ; cette donnée doit être mise à disposition « de qualité et en quantité ; accessibles et réutilisables par tous », gratuitement et avec une libre réutilisation pour tous. Les formats ouverts et non-propriétaires seront privilégiés et la charte encourage l’accès de tous à cette information, tout en promouvant l’innovation (entrepreneuriale, citoyenne et sociale). »
Cet accès massif à l’information a été la clé de la démocratisation de la Toile. Echanger, stocker, traiter des informations ne vaut plus rien. Jamais il n’a été aussi facile d’accéder à une information.
La preuve de cela est que le transfert physique d’information ne vaut plus rien. Auparavant chacun pouvait revendre ses livres, ses disques, ses DVD à des bouquinistes, dans des foires aux livres ou aux disques. Aujourd’hui ils sont mis dans la rue, dans des boites, des microbibliothèques, pour que les passants intéressés les ramassent. Sur ces échanges, l’industrie culturelle ne reçoit aucune rémunération.
Mais entretemps nous avons tous financé le développement d’infrastructures géantes

Bibliographie

Daniel Ihbiah : Les 4 vies de Steve Jobs (Leduc Editions ; 2011)
Big Data et traçabilité numérique
https://www.evous.fr/Les-artistes-chanteurs-les-mieux-payes-de-l-annee,1180327.html
http://www.parismatch.com/People/Qui-sont-les-acteurs-les-mieux-payes-au-monde-en-2017-1331366
Ouvrage collectif piloté par Pierre-Michel Menger : Big data et traçabilité numérique : Les sciences sociales face à la quantification massive des individus (édition du Collège de France ; 2017)
Wikipedia : sommet du G8 de 2013 (état de l’article au 24 octobre 2017)

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