Gavés

réseauxDepuis la décision d’ouverture d’internet aux sociétés commerciales et au grand public en 1993, celui-ci a remplacé tous les outils de transmission des données. Les entreprises chargées de gérer ce réseau firent des investissements massifs en installant partout des répartiteurs et en posant des câbles. Aujourd’hui 90% des flux se font via des câbles, la partie liée au flux hertzien et aux satellites étant largement minoritaire (à part le GPS).
Le développement s’accompagne d’une explosion des contenus. La copies illégale, l’open source, l’open data permettent de proposer « gratuitement » des contenus. Gratuitement voulant dire de l’argent donné par le consommateur sert en priorité à fabriquer les appareils et enfouir des câbles.
Ce réseau a deux composantes : les porteurs du réseau matériels (Orange, SFR, et des entreprises moins connues comme Cisco), les porteurs le réseau logique permettant de s’orienter, de rechercher les produits, de dialoguer (Google, Amazon, Facebook). Il permet ainsi d’accéder aux porteurs de contenus qu’ils soient immatériels comme des enregistrements ou des livres (portés par des société comme Universal, Netflix, Hachette) ou matériels (Peugeot, Nestlé)
Comme souvent, le changement fait des heureux mais aussi des perdants, et en premier lieu l’industrie culturelle. Au sein de l’industrie culturelle c’est l’industrie musicale qui prend le choc principal. Elle avait connu une croissance extraordinaire avec le développement du 33T pour le marché des baby boomers. Elle avait trouvé un relais de croissance avec le compact disc (CD), qui avait proposé un support plus pratique et moins fragile, et poussé les utilisateurs à renouveler totalement leur médiathèque.
Avec le téléchargement, elle découvrit que les clients en avaient assez de donner leurs économies à des vedettes surpayées, qui utilisaient cet argent à s’acheter des parcs d’attraction, ou des châteaux dans le Val-de-Loire.
L’industrie musicale réagit. Elle demanda à l’Etat de la défendre (le capitaliste n’aime pas l’Etat, sauf qu’il s’agit de défendre ses droits). Partout des Hadopi apparurent pour protéger la propriété intellectuelle. Mais ces mesures avaient pour effet principal de transformer en délinquants les clients de cette industrie, ce qui la conduisit à demander de la modération. Elle entreprit de diversifier son offre. Le spectacle vivant devint une source majeure de revenu. Elle proposa des bonus, des versions de luxe aux clients qui justifiaient d’acheter tout de même la version CD.

Jobs

C’est Apple qui trouva le moyen pour l’industrie musicale de refaire des profits avec le numérique. La société inventa l’IPod, un terminal de lecture de fichier musicaux permettant de télécharger des centaines de titre et de les écouter dans des conditions de confort inégalées tout en pratiquant une autre activité.
« D’un point de vue purement commercial, le patron d’Apple aurait eu intérêt à encourager le téléchargement illégal. Ses clients auraient rempli leurs iPod à bas coût. Mais il respectait la propriété intellectuelle et pensait que les artistes devaient retirer des bénéfices des ventes de leurs albums. Donc, alors que le processus le processus de développement touchait à sa fin, il décréta que la synchronisation serait à sens unique. Les utilisateurs pourraient déplacer de la musique de leur ordinateur vers leur iPod, mais pas de leur iPod vers un autre ordinateur. Cela les empêcherait de remplir leur baladeur de morceaux copiés illégalement, puis de les transférer à tous leurs amis. Jobs décida que l’emballage en plastique transparent de l’iPod porterait un message simple : « ne volez pas la musique. »
A lire Walter Isaacson, Jobs était un protecteur désintéressé de l’industrie musicale. C’est oublier un peu vite que tout le modèle industriel d’Apple est basé sur la protection par la propriété intellectuelle. C’est aussi omettre qu’Apple prend une marge sur chaque titre téléchargé. La négociation sur cette marge fit l’objet de débat sévères (voir ses conflits avec l’industrie musicale bien décrit plus loin dans le livre d’Isaacson, et les débat actuels qu’il peut y avoir avec des artistes comme Taylor Swift).
Mais surtout Apple ouvrait une brèche dans l’un des principes de base d’internet. L’information devait pouvoir circuler en tout sens, sans restriction,  d’afin d’assurer que celui qui en a besoin pourrait toujours rapidement en disposer. Là, le système imposait que l’utilisateur d’iPod passe toujours par Apple pour recharger son appareil.

Kindle et autres

La brèche ouverte par Apple dans le principe de libre circulation sur le réseau fut exploitée par d’autres. Amazon fit de même avec son lecteur Kindle. Pour le charger en livres dématérialisés, il faut forcement passer par d’autres. La Fnac et d’autres distributeurs firent de même.
Facebook proposa une offre d’internet gratuit aux Indes. Les utilisateurs avaient accès à internet, mais uniquement en passant par le réseau de Facebook (cette offre fut refusée par le gouvernement indien en 2016, celui-ci ayant bien compris qu’elle revenait à une inféodation complète des utilisateurs à un seul fournisseur).
Par ailleurs les gestionnaires de réseaux ont obtenu en 2017 du président Trump, qu’il accepte de remettre en cause le principe de neutralité du net.

La poule aux œufs d’or

Tous les changements ci-dessus posent le problème de la pérennité du net et derrière des profits qu’il engendre.
En effet, la bourse du consommateur final n’est pas extensible. Chacun des dispositifs ci-dessus n’augmente pas l’offre, mais au contraire la restreint pour orienter différemment le chiffre d’affaire qu’il génère. Tout revient à une combat entre les différents acteurs industriels pour savoir qui captera le plus de marge possible : les porteurs du réseau matériel, les porteur le réseau logique, les producteurs de contenu.
Le combat entre TF1 et Orange est emblématique des enjeux.  TF1 est plutôt un producteur de contenu télévisuel, Orange est un opérateur de réseau internet. En pratique, ils sont aussi directement concurrents. Orange a enrichi son offre avec des chaines télévisuelles propres dans lequel il propose des films et des séries (chaines OCS). TF1 est une filiale du groupe Bouygues qui est aussi un opérateur internet.
TF1 réclame plus d’argent pour que Orange puisse diffuser ses différentes chaines (TF1, mais aussi TMC, TFX, LCI, TV Breiz…). Celui refuse. Chacun représente de l’ordre de 20% de la diffusion de l’autre. Cette donnée fait l’objet d’une bataille de chiffres entre les deux groupes, aucun ne voulant apparaître comme dépendant de l’autre. Mais la réalité est que l’absence d’accord se traduira probablement par une perte de chiffre d’affaires.
Ils auront tué la poule aux œufs d’or. Et si les tentatives de découpage du net par les différents acteurs aboutissaient, il en serait de même. Les différents acteurs du système avaient su s’organiser pour que le marché puisse s’étendre au grand public. Maintenant qu’il semble ne plus pouvoir se passer d’internet, chacun éssaie de s’approprier le maximum de marge, au détriment des autres acteurs et au risque de voir les consommateurs se détourner d’un outil devenu moins performant.

Bibliographie

Walter Isaacson : Steve Jobs (2011 ; JC Lattes)
http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2015/06/23/streaming-musical-taylor-swift-fait-plier-apple_
http://internetactu.blog.lemonde.fr/2018/02/16/de-la-neutralite-du-net-a-celle-des-terminaux/
http://abonnes.lemonde.fr/pixels/article/2018/02/27/tout-passe-par-internet-et-ceux-qui-en-sont-exclus-sont-comme-ecartes-de-la-societe_5263146_4408996.html#xtor=AL-32280270
http://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/02/22/menaces-sur-internet_5260737_1650684.html

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