Vie privée

vie privée Mater DolorosaVie privée et propriété intellectuelle

Dans les années 80, Mme Thatcher avait constaté que l’inégal accès à la propriété immobilière favorisait le développement des idées socialistes.  Elle développa une politique d’accès à la propriété pour les petites gens. Cela ne changeait pas fondamentalement les inégalités de la société anglaise, mais ces milliers de petits propriétaires pensaient défendre leurs maigres biens en défendant les politiques de droite.
La vie privée joue le même rôle vis à vis de la propriété intellectuelle.
La vie privée apparait entre XVII et XVIII°. Elle nait en même temps que l’auteur, le droit d’auteur et tous les concepts de base de la propriété intellectuelle. Papa et maman ont droit à leur chambre familiale, où ils protègent leur vie sexuelle. Chacun a droit à ses secrets dans les villes de grandes solitudes. Le citoyen sort de l’époque du village, où tout le monde connaît tout sur tout le monde.
La parenté entre vie privée et propriété intellectuelle est évidente. Dans les deux cas, il s’agit d’un droit d’interdire. Parce qu’il s’agit de mes images, mes comportements, mes idées, j’ai le droit d’interdire de les utiliser ou de les reproduire. Comme dans la propriété intellectuelle, le droit de reproduire, le «copyright»est au cœur de la notion de vie privée.

Tous pour la vie privée

Les politiques de droite ont bien compris leur intérêt. Leur fonds de commerce, c’est la défense de la propriété. Ces mêmes politiques ne cessent de défendre la vie privée. Droit de retrait, droit à l’oubli, l’arsenal législatif ne cesse d’augmenter. Ceci permet de faire passer que le montant des actifs immatériels ne cesse d’augmenter dans le monde et que celui-ci est de moins en moins taxé (voir la récente réforme de l’impôt sur la fortune). Même les politiques de gauche se fourvoient dans cette défense forcenée des libertés privées. Au lieu de promouvoir la coopération, la collaboration, la solidarité, ils se battent contre Big Brother. Leur philosophie est entièrement contre, au lieu de défendre des valeurs positives.
Les littérateurs et intellectuels de tous poils, ne cessent également de défendre la vie privée. Face aux agressions du monde moderne, le citoyen, l’individu doit être défendu. Avec le talent de Philip K.Dick, ou la prose bavarde de tel journaliste ou philosophe, innombrables sont les partisans de la vie privée. Il est difficile de ne pas penser que cette défense est intéressée. Tous espèrent gagner le gros lot. Ils se voient faire le bestseller qui répendra sur eux le pactole des droits d’auteur.
Même les géants du cyberspace sont des partisans autoproclamés de la vie privée. Ils ont tous emboité les pas de Tim Cook lorsque celui se battit contre le FBI pour défendre la non communication de messages cryptés. Ils admettent tous qu’ils ont un devoir de protéger les données que nous leur confions dans le Cloud. Ils rivalisent d’imagination pour crypter les informations, complexifier les mots de passe, nous proposer des systèmes de protection à deux niveaux, basés sur l’empreinte digitale, l’iris de l’œil.
Promouvoir la transparence, le partage, le collaboratif, c’est toujours défendre l’Autre. Cet Autre s’appelle Big Brother, Léviathan, Bolchevicks, grand méchant capitaliste. Mais cette paranoïa généralisée est une illusion.

Tous coupables

L’interdiction de reproduire, le copyright avait pour objectif de protéger l’auteur, mais aussi les investissements de l’éditeur qui reproduit, le coût du travail de composition et d’impression.
Or le développement du numérique fait que le coût de reproduction s’effondre. Il est possible de faire d’aussi bonnes photos avec son smartphone, qu’avec un reflex argentique d’antan. Il y aura peut-être moins de pixels, mais plus de spontanéité. Tout le monde peut prendre des photos de tout le monde et les diffuser à la terre entière. Les plus grands musées du monde contiennent des œuvres protégées par le copyright, mais les gardiens ont cessé de courir après les touristes qui font des selfies devant ces œuvres. Il est également facile de publier un site internet, encore plus simple de tchatcher sur un réseau social quelconque, Facebook ou tweeter.  Les sites marchands nous invitent à liker les livres ou les séries vidéos que nous lisons ou que nous regardons, et même à apporter sur eux des commentaires laudatifs ou désobligeants.
Sommes-nous sur de n’avoir jamais rien dit ou rien fait qui  n’empiète sur la vie privée des autres, sur leur droit à l’image, qu’il s’agisse d’un ami, d’une connaissance ou simplement d’un inconnu qui passait sur la photo en tenant par la main, sa femme, sa maîtresse ou la petite amie d’un copain.  En bref, dans un monde où il est si facile de publier et reproduire des images et des textes, nous risquons à tout moment d’empiéter sur le droit d’un autre, à moins de vivre une vie monacale au fond d’un désert inconnu. Comme les lois sur la prohibition avait fait de milliers d’américains les complices des bootleggers, le durcissement des règles sur la vie privée fait d’innocents internautes de potentiels coupables.
Comment les politiques peuvent-ils décider des politiques sanitaires sans disposer de données sur notre âge, nos maladies,  nos addictions. Il serait possible de dire la même chose en matière sécuritaire, d’équipement, etc. Certains ont vu dans l’anonymisation des données le moyen de résoudre l’équation. Les chercheurs reçoivent des données pour mener ces analyses, mais celles-ci sont  agrégées, regroupées à un niveau empêchant de connaître les données personnelles. Une telle rupture de la chaine de traçabilité pose des problèmes de nature à perturber les analyses. Prenons un exemple simple, voire simpliste. Au premier trimestre du championnat de football 2017-18, les commentateurs constatèrent une hausse de la fréquentation moyenne des stades. Ils parlèrent d’  « effet Neymar ». La politique d’acquisition de vedettes du Paris Saint-Germain expliquerait se nouvel engouement des spectateurs. Un journaliste du monde alla regarder derrière la moyenne. La hausse du nombre de spectateurs ne touchait que deux stades : Strasbourg, place forte historique du football qui venait de monter de 2èmedivision et remplaçait un stade de moindre fréquentation ; Marseille venait de changer de propriétaire, et le nouveau avait pratiqué une politique nouvelle de recrutement.
Enfin le métier de base des entreprises du cyberspace consiste à faire circuler l’information. Assurer la diffusion des données, les analyser en permanence est leur cœur de compétence. La schizophrénie entre ce métier de base et la volonté de protection des données individuelles ne peut aboutir qu’à des catastrophes. L’affaire Facebook, n’est qu’un épisode parmi d’autre de cette liste de catastrophe (Wikileaks, vols de données de Yahoo…).

Confidentiel défense

Surtout cette vie privée est une illusion parce qu’elle perturbe le fonctionnement de l’essentiel.
Il ne s’agit pas ici que nous devons être totalement transparents. Il y a bien des informations dont la divulgation met en cause notre sécurité. Par exemple il n’est pas question que des terroristes prennent le contrôle d’appareils comme les pacemakers (ils sont pilotés numériquement), ou demain les voitures autonomes. Nous ne voulons pas que des mafias puissent siphonner nos comptes bancaires.
Mais toute politique de protection des données commence par une classification : les données qui peuvent être connues de tous, celles qui doivent être connues par un cercle limité, celles auxquelles seules des personnes autorisées peuvent accéder. Avoir un nombre limité de données à protéger, et un nombre réduit de personnes à surveiller est la clé d’une politique de protection des données, beaucoup plus que la force des algorithmes de cryptologie.
C’est cette classification que perturbe le discours sur la vie privée. La prétention que les individus peuvent garder le contrôle de toutes les informations les concernant génère un flou. Certains se ruent dans cette zone grise pour pratiquer tous les piratages possibles. Cela fait oublier que ce droit d’interdire l’utilisation de données, permet à certains de bénéficier d’une  croissance folle des actifs immatériels qui est l’une des causes des inégalités et des tensions dans le monde.

Bibliographie

Philippe Askenazy : Tous rentiers ! Pour une autre répartition des richesses (Odile Jacob ; 2016)

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2 commentaires pour Vie privée

  1. Georges dit :

    Cette chronique est tout à fait effrayante par les amalgames qu’elle opère et les conclusions qu’elle en tire. Beaucoup de gens (peut-être pas vous, mais en tout cas un certain nombre de gens) voient dans leur vie privée (au sens du droit à rendre publiques les informations qu’ils souhaitent concernant leur vie et leur intimité, et uniquement cela) un droit absolument fondamental, et ce en dehors de toute orientation politique ou idéologique. C’est une construction sociale bien sûr, mais une construction sociale dont les racines sont très profondes et qui nous protège de bien des excès. Il est évident que des limites à ce droit doivent être posées, le secret absolu est incompatible avec le simple fait de sortir dans la rue, le simple fait de dire son nom, etc. je vous rejoins sur ce point. Mais la protection de la vie privée n’a jamais été un droit au secret absolu… Vous faites cet amalgame (volontairement) pour déconsidérer un droit fondamental. De plus vous assimilez à un excès des multinationales quelque chose qui existait bien avant, bien avant Facebook, Google et Apple, et bien avant le capitalisme. La vie privée n’est pas une illusion, elle est la seule protection possible contre justement un ordre totalitaire à la 1984 fondé exclusivement sur « la coopération, la collaboration, la solidarité » qui peuvent être des valeurs, des guides, mais en aucun cas des droits. On ne peut pas limiter la vie privée, comme vous semblez le suggérer, à notre code de carte bancaire et au secret des systèmes d’accès aux pacemakers. Voulez-vous qu’on vous mette une caméra dans votre chambre, si l’ordre social l’exige, pour maximiser la coopération et qu’on vous envoie au travail quand vous ne dormez pas ?

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