Les règles d’Elinor 3 : le partage du bien commun

20180517 POIGNÉE DE MAINIl est indéniable que le développement des technologies numériques d’information s’est accompagné d’une augmentation des inégalités de patrimoine et de revenu dans le monde. La révolution conservatrice promue par Reagan a permis une concentration massive du capital disponible. Son investissement dans les technologies nouvelles a dégagé des profits colossaux. Le résultat c’est une concentration unique de la richesse dans les mains de quelques uns.
Pour les laissés-pour-compte de cette révolution, il fallait s’organiser pour survivre. En s’appuyant sur le numérique et sur des règles d’organisation communes, par idéalisme ou par nécessité, des communautés se sont créées dans des domaines les plus variées.
Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie 2009 a démontré théoriquement qu’une communauté auto-organisée pouvait développer des richesses. Des milliers d’expériences ont montré la pertinence de cette analyse.

Fondations

Ainsi les structures qui gèrent les logiciels libres ou Wikipédia. Parce qu’elles visent à un partage gratuit des connaissances, elles ont été perçues comme des espaces de non-droit, des lieux libertaires où des cow-boys s’amuseraient à écrire des programmes en toute liberté. Ceci ne pourrait aboutir qu’à du code au mètre, empli de malfaçons voire de malveillance.
Des fondations proposent des logiciels comme Linux, Mozilla (gestionnaire entre autre du navigateur Firefox), Apache (gestionnaire d’OpenOffice), WorldPress (gestionnaire de l’éditeur et hébergeur internet). Elles sont des communautés organisées, avec des règles, des rôles répartis, des systèmes de formation, des moments et des lieux d’échanges, un système d’entrée dans la communauté.
Elles se financent par des dons, les utilisateurs étant régulièrement appelés à participer au fonctionnement (et a priori les dons volontaires ont permis jusqu’à présent à ces communautés de survivre). Les utilisateurs y voient le moyen d’améliorer leur activité sans financer la rente capitaliste, et jusqu’à présent le système a pu se développer au point d’amener les fournisseurs traditionnels à baisser leurs prix.

Coopératives

Mais l’économie de la collaboration ne se résume pas à l’activité numérique. L’économie coopérative existe depuis longtemps et a connu un développement nouveau. Internet leur permet de vendre directement et de se passer d’intermédiaire. Les coopérateurs créent un site marchand, font une peu de publicité, généralement par le bouche à oreille, Facebook et les réseaux sociaux, la participation à des marchés ou des manifestations diverses, et ainsi se développe une économie se passant d’intermédiaires marchands. Les AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) sont un premier exemple de ces communautés. Développant généralement une agriculture « bio », limitant l’emploi des pesticides, herbicides et autres. Elles étaient 1200 en France. en 2012, regroupant environ 200 000 personnes. Il y a aussi les SEL (Système d’Echanges Locaux) et les Accorderies (forme de SEL importées du Canada) qui développent la même logique de lien direct entre le producteur et le consommateur.  Les gens s’organisent pour échanger des services entre eux, sur un mode non marchand, privilégiant plutôt le troc, l’usage de monnaies locales.
Sur Facebook se développent des communautés d’échange, comme Wanted qui permet d’échanger des biens ou des services. Toutes ces structures ne sont pas fondamentalement nouvelles dans leurs principes. Des entreprises comme Essilor, leader mondial du verre correctif  ont commencé comme des coopératives ouvrières. En 2012 encore un quart des salariés étaient actionnaires de l’entreprise. Corporation Mondragon, groupe industriel et commercial localisé dans le Pays Basque espagnol est aujourd’hui la plus grande coopérative ouvrière au monde avec plus de 40 000 salariés, démontrant ainsi que ce mode d’organisation est capable de gérer un nombre considérable d’individus.

CoWhat ?

A un niveau plus modeste, progressent des formes mineures de coopération. De moins en moins de jeunes peuvent éviter de passer par une phase de colocation, où ils s’organisent autour de la gestion d’un logement commun. Le Coworking, partage de bureau et de locaux professionnels permet aux start-up et travailleurs indépendants. Enfin se développe maintenant le crowdfunding, le financement participatif qui permet de se passer d’intermédiaires financiers pour démarrer un projet. Toutes ces formes se caractérisent par l’absence d’un leader capitaliste, et l ‘emploi massif des outils de transmission de la connaissance permis par le système numérique

Ainsi l’hypercapitalisme a généré son contraire, un système sans capital, de coopération entre pairs, défiant le principe de la tragédie des communs. Le livre « Utopies Réelles » de Erik Olin Wright, le film « Demain » de Cyril Dion et Mélanie Laurent s’essaient à recenser toutes ces initiatives locales, qui permettent d’espérer aller vers un monde plus coopératif et plus solidaire.
Ils représentent aujourd’hui une part limitée de l’activité économique (on parle de quelques centaines de milliers d’emploi).  Mais près d’un français sur deux a été confronté à cette économie solidaire.  Elle devient doucement une réalité incontournable de notre monde.

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