Franziskaner

1976 salzburg franziskaner (1)En 1974, je suis entré dans cette église de Salzbourg.
C’était la Franziskaner, l’église  franciscaine. Les visiteurs entraient par la nef, une construction romane peu éclairée, aux voutes basses.  Au fond de l’église une tribune abaissait le plafond. A l’autre extrémité de la nef, le chœur était un puits de lumière. Il s’agissait  d’un gothique de type halle, où les bas cotés sont aussi hauts que la nef. Des colonnes élancées soutenaient une voute flamboyante, où s’entrecroisaient les arcs de pierre. De grandes fenêtres jetaient une lumière blanche. Au centre, un grand maître d’autel baroque formait une sorte de colonne dorée, où se mêlaient les anges, la Madone, le Saint-Esprit. Ce chef d’œuvre de Fischer Von Erlach, architecte du XVII°siècle, incluait la Madone de Michael Pacher du XV°siècle.
Un choc esthétique était provoqué par le contraste entre l’obscurité de la nef et la lumière du chœur, les dorures et les sculptures du maître-autel.
Je me suis assis, c’était l’heure de la messe, la cérémonie pour laquelle cet édifice a été construit. L’office était accompagné par des musiciens. Ils jouaient la Messe du Couronnement de Mozart, l’une des œuvres écrites par le musicien alors qu’il était konzertmeister dans la ville. Les chœurs et les solistes dialoguaient avec les prêtres comme cela devait être le cas du vivant du compositeur.
D’où vient l’émotion que j’ai ressenti ce jour là, qui fait de cette heure passée un souvenir des plus vivaces ? Et surtout qui en est l’auteur ?
Est-ce les compagnons qui ont fait la nef romane, ceux qui ont construit le chœur gothique, l’architecte baroque ou le sculpteur de la Renaissance, Mozart, les interprètes de la messe, les prêtres ? Est-ce fait que chacun de ceux qui ont ajouté une pièce du chef d’œuvre a respecté le travail de ses prédécesseurs ? Est-ce mon regard, celui d’un ancien du catéchisme, d’un étudiant d’Histoire, d’un amateur d’art qui a été très jeune entrainé par ses parents dans des châteaux et des églises.

Le système d’information est une œuvre

Un système d’information est une œuvre. Certes son objectif n’est pas l’art, quoique l’esthétique joue un rôle. La couleur d’un écran, la forme d’un clavier, la taille d’une icône peuvent faire la différence entre le refus et l’acceptation du système par ses utilisateurs.
Mais surtout cela nécessite autant de créativité, d’imagination qu’un tableau ou une symphonie musicale.
Mais comme la franciskaner nous ne connaissons pas l’auteur de cette oeuvre. La réalisation de cette symphonie nécessite la collaboration d’une multitude d’exécutants, le maître d’ouvrage qui pose les règles de gestion, le concepteur qui définit  l’algorithme, le développeur qui rédige le code, l’utilisateur clé (KeyUser) qui teste et vérifie le système livré, le repreneur de donnée, le formateur et le responsable de la conduite du changement. Il y aussi l’architecte technique ou l’urbaniste fonctionnel qui s’assurent que le nouvel outil s’intègrent bien  dans le système existant.
Et puis il y a longtemps que l’on ne crée plus un système d’information à partir de la feuille blanche. Les machines préexistent, les progiciels aussi. Ils apportent des économies financières, mais aussi de la solidité. Utilisés dans d’autres contextes, testés et retestés, ils font la robustesse du système. Un système d’information est toujours un patchwork réutilisant une multitude de morceaux.

Qui est le créateur de cette œuvre ?

Parmi la multitude d’intervenants qui ont participé dans la fabrication de ce système, qui est le créateur ? Comme le rappelle une tribune récente au sujet d’une directive en cours sur le droit d’auteur « ces logiciels, véritable moteur de la transformation numérique, ne tombent pas du ciel : ils sont développés par des êtres humains qui les écrivent dans une forme qu’on appelle le code source, en utilisant des langages de programmation. Nous, qui développons ces logiciels, sommes donc bien des auteurs : les codes sources des logiciels que nous créons sont couverts par le même droit d’auteur qui protège la musique, les livres ou les films. »
Les  concepteurs-développeurs doivent chercher la solution la plus éfficace pour répondre au besoin des utilisateurs. Cette solution peut être totalement originale ou au contraire être faite par le réemploi de solutions éprouvées.  « Aujourd’hui, la plupart des logiciels sont construits en réutilisant des composants préexistants, développés et distribués sur des plates-formes ouvertes de développement collaboratif. Tout comme Linux, qui est au cœur de plus de 80 % des téléphones portables, il y a des millions de logiciels construits par des auteurs qui ont choisi d’en faire des logiciels libres, ce qui veut dire que tout le monde peut lire, étudier, modifier, faire modifier et redistribuer leurs codes sources, sans restriction ni autorisation particulière. » Toute la logique de ces systèmes est basé sur la possibilité de réutiliser les connaissances, sans se préoccuper de savoir qui a eu l’idée première.
Et cette logique se heurte à celle du droit de propriété intellectuelle qui permet à certains d’interdire la copie et l’usage d’idées. Est-il légitime de donner à certains le droit d’interdire l’utilisation de connaissance ? Le droit de propriété intellectuelle fait d’une  connaissance un bien privé qui appartient au cerveau qui l’a conçu.  La pratique des concepteurs développeurs est qu’une connaissance est d’abord un bien commun qui  doit être utilisé et réutilisé au mieux des intérets de tous.

C’est l’écoute qui fait la qualité de l’œuvre. Dans le cas de la Franzikaner, c’est parce que chacun des participants a réfléchi comment s’intégrer dans l’œuvre préexistante que le résultat final est magnifique. C’est ce mélange de respect et d’audace qui en fait la qualité. Il en est de même dans le cas du système d’information. C’est la capacité de chacun d’écouter les autres, les problèmes qu’ils rencontrent, les idées qui circulent, qui permet de trouver la solution la plus adaptée.

Bibliographie

COLLECTIF « Nous, qui développons des logiciels, sommes donc bien des auteurs » LE MONDE SCIENCE ET TECHNO |  22.05.2018 à 16h53 • Mis à jour le 23.05.2018 à 13h21 |

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