Derniers regrets

DSC01629Je n’ai pas vraiment parlé dans ces chroniques de la place du numérique dans l’industrie. C’est pourtant par là que j’ai découvert le monde du numérique. Les robots, les centres d’usinages, les trans-stockeurs, les centres de découpe ont fait mon quotidien bien avant que j’ai un ordinateur à mon bureau ou mon domicile, et bien avant de devenir chef de projet en système d’information. Nous parlions de productique, aujourd’hui d’industrie 3.0. Ces machines bouleversaient l’industrie et continuent à le faire. Elles changeaient d’outillages toutes seules, prenaient des décisions en fonction du programme de production, reproduisaient les dessins, les compositions chimiques les plus complexes sans l’intervention d’opérateurs humains. On ne parlait pas d’intelligence artificielle, mais déjà nous imaginions des usines sans hommes.

Nous voyions à l’époque dans cette évolution une réponse à la saturation des marchés. Il fallait pouvoir fabriquer une plus grande gamme de produits pour encourager les clients à consommer plus. Aujourd’hui nous y voyons un moyen de se passer de l’humain ou de protéger l’environnement.

Aujourd’hui surtout le contrôle des machines par le numérique a envahi tout notre espace. Après l’industrie, la voiture, la maison, la production agricole, l’hôpital ne fonctionnent plus qu’à travers les microprocesseurs et les logiciels.

J’ai parfaitement conscience de n’avoir parlé que d’une partie des applications du numérique. Le sujet est inépuisable.

En fait à y regarder de près, tous les auteurs écrivant sur le système d’information le voit à travers leur pratique. Prenons quelques exemples. Gérard Berry, le titulaire de la chaire sur le numérique du Collège de France parle surtout des usages techniques et scientifiques dans lesquels il a fait sa carrière (il est connu en particulier pour avoir développé le langage Esterel utilisé dans l’industrie). Le sociologue Dominique Cardon fait une typologie des algorithmes qui n’a de sens que pour les moteurs de recherche et les big datas, ce qui est une vue très réductrice de l’usage des algorithmes. Le journaliste Isacsson fait une Histoire du numérique qui ne parle que des utilisations grand public (il ignore des entreprises pourtant fondamentales comme Cisco, Oracle ou SAP). Jean-François Fogel et Bruno Patino, journalistes également parlent surtout du numérique comme média concurrent de la télévision, de la radio ou des journaux. Les rédacteurs de la rubrique Pixels du journal Le Monde font une fixation sur les jeux vidéos qui doivent représenter presque la moitié des articles parus. Camille Herrenschmidt est celle qui a la vue la plus surplombante, allant de Sumer à Alan Turing ou internet (ce qui donne parfois un coté planant à sa lecture du numérique). Chacun a une expérience personnelle du système d’information qui colore la vision qu’il en présente. C’est aussi ce qui donne une profondeur concrète à leur vision, qui leur permet de s’enraciner dans une expérience personnelle.

Ces chroniques n’échappent pas à cette remarque. Mon expérience principale du système d’information concerne l’informatique de gestion, celle qui produit des factures, des contrats, des ordres de fabrication ou de livraison, des calculs de stocks, des paiements et des écritures comptables ou fiscales. Elle permet la communication entre entreprises (Business to Business-B2B), et entre entreprises et consommateurs (Business to Consumers-B2C).

Je suis conscient que réduire à cela le système d’information serait erroné. Que cette branche n’est pas la plus avancée technologiquement et intellectuellement.

Mais elle reste pour moi le cœur des technologies de l’information. D’abord parce qu’elle est le plus ancien usage. L’écriture est née pour transcrire des contrats, mémoriser des états de stocks, bien avant de servir à raconter des histoires ou porter les enseignements des religions.

Ensuite parce que c’est là qu’il y a le plus d’usagers. Tout le monde reçoit des factures, passe des contrats ou paie ses impôts. Tout le monde ne fait pas des analyses scientifiques ou des jeux vidéos. Cette extension a permis l’allongement des séries et la chute des coûts des composants ou de l’écriture des progiciels. Sans ce cœur des usages, le numérique serait sans doute resté le jouet coûteux de quelques militaires.

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